
– Arnaud et sa mamie –
Explorer un métier (de rêve ?), s’immiscer dans le labyrinthe d’une profession, d’une vocation, pour en comprendre les rouages, pour accéder à l’humanité dans ce qu’elle a de plus beau, de délicat et de difficile aussi, c’est le cadeau que nous fait aujourd’hui Arnaud Baudoin.
La catégorie « Galaxies des artistes » devient ici le lieu de confessions, d’une interview profondément touchante et sincère, publiée le jour de son anniversaire (Joyeux anniversaire Arnaud). Cela dit, la majorité des mots ne sont pas les miens, alors je te laisse le soin de te faire ton propre avis et de rencontrer Arnaud en lisant ce qui suit.
Un artiste, un comédien, un acteur, un interprète. Tu exerces et tu incarnes tous ces métiers à la fois. Pourrais-tu nous raconter le parcours qui t’a mené jusque là ?
J’ai grandi dans une famille modeste au départ avant de rejoindre la classe moyenne, avec un grand frère, des parents et une famille qui m’ont toujours soutenu. J’ai manqué de rien et j’ai pu aller à l’école et faire du sport. J’ai fait de l’athlétisme à haut niveau pendant 15 années, c’était vraiment mon objectif et mon rêve plus jeune de devenir un sportif de haut niveau comme Ladji Doucouré ou encore Marie-José Pérec.
Puis un jour tu enchaînes les blessures comme beaucoup de sportifs et puis ton rêve s’éloigne petit à petit. Les chronos et les performances ne sont pas au rendez-vous et un sentiment d’échec fait surface. C’est à ce moment de ma vie que je décide de trouver une autre voie, j’essaie de gagner de l’argent pour avoir rapidement mon indépendance, job étudiant, hôte de caisse, serveur, ramoneur de cheminée, etc.
Puis un jour, je décide de m’inscrire pour devenir gendarme. Comme ça, sur un coup de tête. J’échoue une première fois au concours avec une moyenne de 7,9/20. C’était lamentable, j’étais pas très fier de moi. Du coup je me réinscris directement à la prochaine session et j’ai le soutien de certains membres de ma famille pour me préparer. J’obtiens une moyenne de 16,6/20 et je suis 87 sur 9000 environ.
Là c’était ma première fierté de voir que je pouvais réussir dans un domaine après les échecs. Je deviens gendarme pendant 6 années et le métier devient difficile pour moi entre déception et des valeurs qui ne sont plus en accord avec ma philosophie de vie. De là, j’écoute mon instinct et j’ai le sentiment de vouloir approfondir un domaine que j’avais effleuré pendant ma jeunesse, qui m’avait donné une sensation d’exister, d’être vraiment à ma place : le théâtre.
J’en ai fait 2 ans quand j’avais 14-15 ans puis j’en ai fait avec ma professeure de français au lycée. C’était plus un moyen d’extérioriser en plus du sport. Par la suite, je décide de quitter la gendarmerie et de m’inscrire au Cours Florent Bordeaux. Je fais 3 ans, je fais des rencontres et surtout j’ai l’objectif en tête d’en faire mon métier avant même mes premières années. Je voulais aller au bout de mon envie et vivre pleinement cet instinct qui m’a dit :
« Arnaud fait du théâtre et profite de ce que tu peux faire maintenant, tout de suite »
Je n’ai pas peur de me dire que si demain tout s’arrête je trouverai une autre voie. C’est toujours la sensation que quelque chose nous attend quelque part sur Terre.
Toutes les professions, même celles qui fascinent, ont leur lot de difficultés. Quelle est la difficulté la plus infranchissable (en apparence) que tu as réussi à surmonter ?
C’est une bonne question parce que dans ce métier j’ai l’impression que les difficultés infranchissables et que l’on surmonte, automatiquement deviennent à nouveau une difficulté. Comme si l’expérience, les entraînements, la confiance en soi, etc. ne suffisent pas à ne plus en faire une difficulté. Exemples : réussir un casting et décrocher un petit rôle ou un rôle, apprendre beaucoup de textes de différents projets qui s’additionnent, etc. C’est un métier de répétition au sens large et je pense que ça vient de là.
Mais si je devais donner une difficulté, c’est d’avoir obtenu le statut d’intermittent et de le conscientiser :
« Je suis maintenant un comédien professionnel »
Fournir un travail, donner son énergie et son temps à un projet pour avoir en retour une compensation financière. Pour moi c’est la réalité d’un domaine où c’était difficile pour moi de me dire acteur, comédien professionnel en ayant fait au départ aucun projet rémunéré puis plus tard pouvoir l’affirmer à la fois dans ma sphère intime et après face à des professionnels. Et être intermittent c’est renouveler tous les 12 mois son statut en effectuant le nombre d’heures minimum pour l’obtenir. Encore une idée de répétition.
C’est une vraie difficulté que d’affirmer être acteur et de se sentir acteur professionnel en ayant en réalité un CV artistique complètement vierge au tout début. Mais c’est un passage obligé. En comparaison c’est comme les personnes qui travaillent en stage ou en alternance non rémunérée. On commence à partir de rien et on essaye de construire quelque chose de grand, de solide. C’est l’idée du chemin que tu décides de parcourir dans ta vie, forcément ils seront, peu importe le ou les chemins que tu empruntes, remplis de difficultés à surmonter.
J’ai même envie de te dire qu’il y a une difficulté qui apparaît très vite aussi dans ce domaine, c’est la solitude. Ce sentiment de solitude lorsque le projet dans lequel tu t’es investi prend fin. Il y a comme un retour à zéro. Tu commences un projet plein de joie et d’enthousiasme, puis il se termine, tu es fier, satisfait et vient quelques heures après la solitude, un sentiment d’être tout seul. C’est terminé, tu ne referas plus ce projet. Tu ne reverras et ne travailleras peut-être plus avec ces personnes qui ont tant monopolisé et rythmé tes journées.
La première fois que j’ai vécu ça c’était à la fin de ma deuxième année en école de théâtre. Cette deuxième année était très intense pour moi et puis le projet de fin d’année que tu as construit en équipe avec une vingtaine de personnes femmes et hommes, complicité, rires, conflits, parfois disputes, stress, doutes, joie, etc. d’un coup tout s’arrête, tu prends le bus pour rentrer chez toi et tu passes d’un projet intense à plus rien. De l’interprétation d’un personnage à toi. Juste toi, juste ta vie non professionnelle, ta “vraie” vie. Ce retour est assez brutal.
D’ailleurs, souvent il y a des pots de fin de tournage au cinéma, en audiovisuel et au théâtre, aller boire un verre ou partager un repas avec l’équipe. C’est important de revenir à cette réalité là. J’ai envie de dire que c’est une sacralisation du moment pour remercier et accepter de fermer le livre pour en ouvrir un nouveau.
Quelques minutes avant de monter sur scène, ou d’entrer en scène devant la caméra, est-ce que tu as un rituel ? Une atmosphère que tu privilégies ou encore un état d’esprit qui s’impose dans ces moments-là ?
Très bonne question une fois de plus. Au théâtre j’ai besoin d’un temps calme 10-15 min limite de silence. J’arrête de parler, je vais m’asseoir et ensuite je rejoins mes partenaires. Puis je demande à quelqu’un de me chanter une ou plusieurs mélodies à l’oreille. J’ai un partenaire de jeu qui joue de la guitare sur scène, par exemple je lui demande de me jouer quelques notes. Je recherche un lâcher prise, un moyen de faire en sorte que mon esprit s’évade quelques instants avant l’entrée en scène. Je cherche à éviter que le cerveau tourne en boucle et à le connecter avec le moment présent.
Sur les plateaux de tournage, je ne fonctionne pas du tout comme ça. J’ai le plus souvent un verre avec de l’eau et du citron ou une boisson chaude dans mon thermos à proximité. Je cherche à rapidement réconforter ma bouche avec une boisson chaude ou bien avec du citron et de l’eau pour réveiller un peu la langue, la bouche ou le cerveau. Et puis quand le temps s’éternise un peu entre les prises ou changements de plans ou séquences, j’adore faire du shadow boxing. C’est amusant pour moi, ça me détend et d’un autre côté ça me permet de rester concentré.
Le plus souvent je fonctionne comme ça, parfois le timing et les délais font que tu n’arrives pas à faire exactement ton rituel alors le plus important c’est que je m’autorise au théâtre comme au cinéma, trois bonnes respirations profondes pour aller rechercher cette connexion avec mon corps et mon esprit.
Certains rôles, certains personnages laissent une marque indélébile chez celles et ceux qui les interprètent. Est-ce que tu dirais que certains rôles et personnages t’ont impacté personnellement, au-delà du jeu ?
Je pense que c’est vraiment une question de travail. Il y a ceux qui ne fournissent aucun travail et ceux qui fournissent un réel parcours. J’ai envie de donner l’exemple du sport. Une ou un sportif qui fournit un réel effort physique et mental pour faire son entraînement ou sa compétition, il ne pourra jamais te dire qu’il n’a pas été impacté. Il y a quelque chose qui a été mis au travail.
Déjà quand ton coach ou une autre personne va te demander directement ton ressenti : « Alors c’était comment ? » ; « Tu te sens comment, c’était dure ou facile ? » ; « Félicitations pour ta deuxième place, lâche rien la prochaine fois tu l’auras cette première place ». Notre perception et notre analyse sont fondamentales. C’est ce qui nous permet de rester connecté à l’objectif demandé, à la réalisation et bien évidemment de rester conscient de ce que l’on fait dans le cadre d’un projet professionnel. Bon, je ne veux surtout pas rendre la question trop scientifique ou autre.
Pour ma part, globalement, tous les rôles que j’ai interprétés jusqu’à présent m’ont impacté personnellement au-delà du jeu. Après, la réalité c’est que certains projets te demandent moins d’assiduité et de travail que tu l’aurais imaginé. Mais j’ai principalement gagné en confiance dans ce que je suis capable de faire et parfois les rôles qui prônent le côté obscur de l’humain ou de la vie sont plus difficiles à digérer.
J’en ai eu 2. Je crois qu’on n’oublie jamais vraiment le travail qu’on a fourni, et du coup, la frontière entre le spectacle vivant, les tournages et sa vie personnelle est très fine. C’est important de retrouver de l’amour, de la sensibilité et du partage dans sa sphère intime. Savoir se reconnecter, moi j’aime bien lire ou regarder des documentaires après un projet intense ou pas d’ailleurs.
Imaginons : le chemin d’une immense célébrité s’ouvre à toi, ta carrière prend une ampleur considérable. Qu’est-ce qui te tiendrait à cœur de développer, de mettre en avant grâce à ta notoriété ?
J’aime beaucoup cette question. Les précédentes sont tout aussi bien mais celle-là particulièrement. Ce qui me tient à cœur aujourd’hui, c’est de soutenir des médias ou associations qui s’emparent de l’histoire coloniale de France.
Pour moi c’est très important que tout le monde connaisse cette histoire et surtout du ⅩⅤᵉ siècle à aujourd’hui. Autant pour tous les citoyens français mais aussi pour toutes les personnes qui se sentiraient concernées par cette histoire. J’aimerais développer les recherches, les documentaires, le travail de mémoires et pouvoir apporter à des associations tout mon soutien pour qu’elles puissent effectuer la réalisation de leurs projets.
J’apprécie énormément le travail de Mémoires et Partages et Histoires Crépues, voilà deux exemples.
Ensuite bien évidemment, le sport c’est ma philosophie de vie et j’aimerais beaucoup investir dans ce domaine. Pouvoir insuffler les valeurs du sport dans l’éducation et le quotidien. Plus particulièrement développer le sport féminin et lui donner toutes les cartes en main pour développer les structures et le suivi des athlètes au niveau physique et mental. Bien évidemment, ça ne sera pas au détriment du sport masculin mais c’est plus pour rééquilibrer les curseurs ou du moins donner plus d’outils au sport féminin au même titre que le sport masculin qui en possède déjà.
J’aime beaucoup que le sport soit au centre d’un parcours professionnel, je trouve que c’est toujours un atout peu importe le futur que l’on se prévoit. Le style des universités aux États-Unis par exemple. Et dans la continuité s’afférer à développer aussi le Handisport. Dans un second plan soutenir et encourager le travail, les recherches qui se tournent vers un respect total de la nature et sa biodiversité. Et donc pour ça il faut comprendre comment elle fonctionne et avoir l’envie de cœxister avec elle.
Il y a plein de choses encore qui me tiennent à cœur mais dans un premier temps c’est sensiblement ce que je ferais. Je trouve que ce n’est pas évident quand tu deviens célèbre car avec de la notoriété et sans doute de l’argent on pourrait te reprocher de ne pas faire telle ou telle chose en priorité. Ce que j’ai compris c’est qu’on ne peut pas se rendre disponible partout et pour tous en même temps. Faire avancer un endroit puis un autre et ainsi de suite, c’est pour moi la vraie clé d’un monde plus conscient, plus alerte et réfléchi quant à la vie, aux valeurs humaines et à la terre où on vit.
Je n’ai pas peur que l’on me critique sur mes décisions, c’est évident que quelqu’un s’en chargera, je suis plus inquiet de voir l’être humain se focaliser sur le reproche et la critique. J’ai la sensation que l’inspiration positive s’amenuise.
Est-ce qu’il y a un rêve que tu aimerais nous confier ? ✨
J’ai le rêve de vivre un jour en Mongolie en pleine nature avec des peuples nomades et de simplement vivre avec ce qui m’entoure, faire du cheval et dormir à la belle étoile. Celui-ci c’est mon rêve pour la retraite. Je te le confie mais celui que j’ai depuis tout petit c’est de devenir sportif de haut niveau, bon celui-ci il va falloir que je commence à l’abandonner mais j’aime bien qu’il soit toujours dans ma tête.
Sinon le rêve que j’ai en ce moment et celui-ci vibre très fort en moi, c’est de faire un film d’époque, jouer dans un film où je monte à cheval et j’incarne soit un personnage historique soit une fiction complète inspirée d’un conte et légende. Interprété Toussaint Louverture ou Louis Delgrès dans un film d’époque avec toute la complexité du personnage mais aussi d’une époque et d’une situation politique française et mondiale. J’ai d’autres rêves mais ils vibrent moins fort que celui-ci pour l’instant.
Si tu souhaites poursuivre la rencontre, ou plutôt te tenir informé·e des aventures cinématographiques, théâtrales et télévisuelles d’Arnaud, il te suffit de cliquer sur le rectangle juste au-dessous. Tu peux aussi lui laisser un petit mot dans l’espace commentaires.
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