Les feux d’artifice : entre peur et émerveillement

spectacular nighttime fireworks display

Loin de moi l’idée de plonger et de te plonger (aujourd’hui) dans les méandres qui ont donné lieu à la célèbre fête nationale du 14 juillet en France. Je me suis quand même interrogée sur l’origine des feux d’artifice dont l’utilisation est tout aussi célèbre que la fête en elle-même.

J’ai d’abord cru que l’ancêtre des feux d’artifice était le feu grégeois, plus qu’un feu, c’est une arme incendiaire, un mélange liquide ou semi-liquide, qui était utilisée dans le milieu dévastateur de la guerre et qui avait la particularité de brûler sur l’eau. Son caractère destructeur ne se rapproche pas du feu d’artifice tel qu’on le connaît en 2026, et heureusement. Imagine-toi un « feu d’artifice grégeois » qui ne s’éteint jamais, un spectacle haut en couleurs certes, mais plutôt contraignant au quotidien.

Enfin, le terrible feu grégeois connu à l’époque des Grecs anciens, a apparemment été éclipsé par la poudre à canon (qui possède des ingrédients similaires à ceux du feu feu grégeois), communément appelée poudre noire. Donc si on personnifie le feu d’artifice et qu’on imagine que c’est un enfant qui a une maman (évidemment), tu peux te dire que c’est la poudre noire, inventée en Chine, qui fait office de maman. Tu peux aussi poursuivre ta lecture de cet article si tu veux en apprendre un peu plus sur cette famille détonante.

Une origine meurtrière

La maman des feux d’artifice, la poudre noire donc, est, d’un point de vue chimique créée avec trois éléments principaux : « le salpêtre (nitrate de potassium KNO3), le soufre et le charbon de bois » et lorsqu’elle brûle, elle se transforme ensuite en gaz. Et si ce gaz est bloqué, par un boulet de canon par exemple, eh bien, l’histoire se termine par un BOUM ! Autrement dit, c’est un explosif puissant et extrêmement rapide. L’origine de la poudre noire est incertaine. Ce qui reste l’hypothèse la plus probable et la plus reprise surtout, est qu’elle proviendrait de Chine et que sa formule, sans qu’on l’ait nommée explicitement, aurait été mentionnée dans un manuel militaire chinois en 1044, le Wujing Zongyao.

Elle est ensuite étudiée au XIIIème siècle par des savants. Le philosophe et alchimiste Roger Bacon qui se fascine pour les expériences en tout genre décrit dans son œuvre Lettre sur Les Prodiges de la nature et de l’art (version latine traduite et commentée par A. Poisson) une préparation qui nous laisse penser qu’il s’agit bel et bien de la poudre noire :

« On peut imiter le tonnerre et les éclairs, d’une manière plus terrifiante que dans la nature. Car, si l’on prend gros comme le pouce d’une certaine préparation, elle rend un bruit terrible et développe une clarté violente ; on peut parvenir à ce résultat de plusieurs manières différentes et détruire ainsi une cité ou une armée […] Celui qui connaîtrait les matières composant ce produit et leurs proportions ferait des prodiges. »

Pas étonnant alors qu’elle devienne la pièce maîtresse d’armes à feu et le clou des spectacles macabres de la guerre avant même d’être utilisée pour la composition de ceux qui aujourd’hui donnent à voir des spectacles merveilleux en France.

Une recette plutôt polluante

Maintenant, tu te demandes peut-être quelle est la composition des feux d’artifice ? 

Je te préviens tout de suite, la recette n’est pas aussi simple que celle d’un tiramisu et je ne vais pas m’improviser artificier pour te répondre, mais je peux t’expliquer globalement les grandes étapes de la création d’un feu d’artifice. Tu peux aussi consulter les liens à la fin de l’article, si tu souhaites développer la réponse à cette question.

En attendant ta décision, voici un aperçu de la recette des feux d’artifice modernes. Elle se compose principalement de 4 grandes familles de substances chimiques :

  • Un combustible (un carburant) dont le rôle est de brûler (la fameuse poudre noire par exemple, ou des poudres métalliques).
  • Un oxydant, comme le nitrate de potassium ou le perchlorate de potassium,  qui produit (normalement) de l’oxygène et qui, en se mélangeant avec le combustible, crée une réaction explosive.
  • Des colorants qui, tu l’as deviné, servent à amener les couleurs dans le ciel (les sels de baryum pour la couleur verte, ou encore le sodium pour la couleur jaune ou le strontium pour la couleur rouge, ainsi que le cuivre pour la couleur bleue).
  • Un liant qui, comme son nom l’indique, lie tous les composants ensemble et agit comme une colle. On obtient alors une sorte de pastille qu’on appelle si justement « étoile ».

Il me semble également important de préciser que la fabrication des feux d’artifice, et plus exactement leur explosion, entraîne des effets néfastes pour la planète. Eh oui, malgré leur beauté à couper le souffle, leurs composés chimiques polluent en particulier l’atmosphère, l’eau et les sols. Certains types de feux d’artifice sont plus polluants que d’autres.

Dans cette affaire, les coupables sont notamment le soufre et le nitrate qui contribuent à la formation de gaz polluants ou encore les particules fines produites par la combustion de métaux brûlés ou de carbone (présent dans le charbon) qui peuvent pénétrer dans le système respiratoire et provoquer des irritations.

Des considérations peu réjouissantes, qui, j’y reviendrai plus tard, nécessitent des modifications et des améliorations.

Une fête et ses protagonistes (grandioses)

Et puis certains soirs, ces feux illuminent le ciel. Ils font s’exclamer des milliers de gens à l’unisson. Ils sont l’emblème du grandiose et ils nous rappellent d’ailleurs que grandiose la nature l’est. En écoutant les paroles de Christophe Berthonneau, « artificier et directeur artistique du Groupe F, un collectif interdisciplinaire qui use du feu d’artifice dans ses créations internationales de théâtre. » l’ambivalence des feux d’artifice est pour moi plus facile à cerner.

Son rapprochement des feux d’artifice au « grondement de l’orage » dont le son peut faire ressentir de la peur, comme lorsque la guerre fait éclater des bruits assourdissants aux oreilles illustre la violence sonore associée à un spectacle éblouissant.

Il aborde la notion « spatiale » du feu d’artifice qui se déploie dans l’immensité du ciel. Ce ciel qui se parent de couleurs au moment des spectacles pyrotechniques et qui nous fait voyager, comme quitter la terre ferme. Cette sensation de voyage, de renouvellement du quotidien, est sans doute ce qui explique notre fascination et notre plaisir face aux feux d’artifice, notre emballement pour la beauté vertigineuse de ce spectacle céleste, comme le suggère Christophe Berthonneau :

« Je conçois le ciel comme un élément presque fluide de la représentation de notre habitat. Donc pour moi, une des qualités du feu d’artifice c’est de transfigurer le regard qu’on a de l’espace quotidien. On est dans notre rue, dans une ville, dans un espace et en fait, au même titre que le soleil illumine cet endroit, toi tu vas, grâce à la nuit, te permettre de révéler différemment l’espace quotidien dans lequel tu es. C’est ce qui fait ce temps exceptionnel. »

Un feu d’artifice est un événement éphémère, il se reflète sur les bâtiments, les cours d’eau, la mer, l’architecture qui nous entoure. Ce qui, « le relie au réel » et mêle quelque part le beau et le rassurant. Christophe Berthonneau ajoute :

« La fiction, la magie, elle est réelle. On n’est pas dans un virtuel, dans un artificiel, dans cette partie du mot. On est vraiment dans la partie, l’art de faire avec du feu quelque chose qui est une petite mort en définitive […] Ce temps-là produit ce rapport à quelque chose qui est très réel. Ce qui est sur Terre, ce qui est concret, ce qui ne va pas trop bouger dans les minutes à venir a priori. »

Tout comme c’est aussi ce qui confronte les humains à leur condition fragile, à l’espace et à la nature, plus imposants qu’eux. Une nature qui reprend ses droits quand elle le souhaite et qui se défend comme elle le peut face aux dégradations humaines.

Si l’effet « WAHOU » des feux d’artifice persiste au fil des ans, son impact écologique est (ou devrait être) au cœur de notre société en 2026. Évidemment, même si elles se font parfois discrètes, des recherches, dans le but de remplacer par des composants qui ne font pas de mal à la Terre et à ses habitants les substances nocives et d’obtenir des feux d’artifice moins polluants, sont effectuées.

À défaut d’un aboutissement bénéfique concret, ne pourrait-on pas détrôner les feux d’artifice par un spectacle respectueux de la planète. Si tu as envie d’écrire une ou plusieurs pistes en commentaire, je t’en prie.

Sources

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