D’où vient la musique ?

rolled musical note

À l’approche de la fête de la musique, je me suis posé une question : d’où vient la musique ? Celle qui prend tellement de place, celle qui fait tellement de bien, celle qui procure tellement d’émotions diverses et entremêlées au XXIème siècle.

Qui s’est un jour rendu compte que les sons (sans parler de notes) mis bout à bout produisent une mélodie ?

Après m’être perdue dans la lecture d’articles, l’écoute de podcasts et l’exploration de livres sur le sujet, je suis en mesure de t’apporter une première réponse : la musique apparaît il y a très très très très très longtemps, mais pas non plus au point d’ajouter un « très » parce qu’elle daterait (je prends mes précautions) de la préhistoire et pas de la période géologique du trias (-252 à -201 millions d’années) qui a vu apparaître les premiers dinosaures. Les pauvres ont été privés de musique.

Mais laissons les dinosaures de côté, aussi fascinants soient-ils, pour tenter, dans cet article, d’élucider le mystère de l’origine de la musique.

Il était une fois « la préhistoire »

La préhistoire, c’est quoi ? En dehors d’une période de prémices d’éveil musical, c’est aussi le moment fatidique pour les humains, pour toi et moi : notre apparition sur la planète Terre. La présence des êtres humains sur Terre, je ne vais pas te l’apprendre, implique aussi l’émergence de la créativité. Déjà à cette ère, et de tout temps d’ailleurs, les femmes et les hommes se sont mis à créer, à fabriquer de leurs mains.

Ce qui explique l’existence d’instruments préhistoriques retrouvés suite à des fouilles archéologiques. Lorsque je parle d’instruments préhistoriques tu t’imagines peut-être des massues en bois servant à abattre des bêtes sauvages, ou encore des morceaux de silex destinés à allumer un feu. Mais, même si ces instruments ont leur utilité pendant la préhistoire, je vais plutôt mettre en vedette les instruments dont parle Jean-Marie Ballu dans son ouvrage Bois de musique : la forêt berceau de l’harmonie. Il s’agit bien sûr des instruments de musique, ou plus précisément des « premiers instruments émetteurs de sons » qui servent alors à alerter ou à communiquer plutôt qu’à jouer une sérénade ou à performer pendant un concert :

« Les plus anciens instruments découverts seraient des flûtes percées de 4 trous régulièrement espacés et réalisées dans des os longs d’oiseaux ou de mammifères comme des tibias de rennes ou des fémurs d’ours […] »

Ce sont ces objets, particulièrement à l’épreuve du temps, et datant de la préhistoire, qui à eux seuls nous fournissent des preuves tangibles de la naissance de la musique comme en témoigne Michel Dauvois dans son oeuvre Homo musicus palaeolithicus et Palaeoacustica :

« Il faut bien considérer que n’ont subsisté que les témoins résistant archéologiquement, ce qui donne nécessairement une image restreinte de ce type d’objet et élimine des instruments qui normalement devaient accompagner ceux reconnus, comme par exemple les percussions utilisant la peau tendue, le cor fait d’une corne d’auroch, de bison, de bouquetin, trompette d’écorce de bouleau, etc.. »

La musicalité corporelle comme première forme d’expression de la musique

Si les instruments laissent des traces et confirment un semblant de musicalité préhistorique, les premiers humains le font eux aussi à leur manière. Parce que oui, ils produisent des sons, que ce soit avec leurs corps ou avec leurs voix. Ils n’en sont pas encore au stade où ils composent des mélodies, mais leurs moyens de communiquer pourraient être perçus comme les ancêtres des chansons (en extrapolant, je te l’accorde) quand on sait que leurs cris sont parfois rythmés pour coordonner un groupe, notamment lors de la chasse, ou qu’ils produisent certaines vocalisations.

Il est question d’« archéologie sonore », de la naissance d’un protolangage, autrement dit d’un langage primitif, d’il y a au moins 3 millions d’années, qui se développe pour les besoins de situations très concrètes.

Finalement la musicalité apparaît au sein de notre espèce parce qu’elle est utile, et pas parce qu’elle est agréable ou esthétique. Amélie Vialet, paléoanthropologue au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, dirige notre attention sur l’usage du langage comme une aide pour la réalisation d’activités complexes et collégiales.

Elle (la musicalité au sens des sons et des cris produits de manière répétée) n’en reste pas moins porteuse d’émotions.

L’émergence progressive de la musique chez les humains

Tu te demandes peut-être comment on est passé de ces premières manifestations de la musique à la musique telle qu’on la connaît aujourd’hui, aux chansons, aux déclarations d’amour, à la diffusion musicale des émotions ?

La réponse est très claire. Il existe un moment de déclic extrêmement précis qui donne lieu à ce qu’on appelle maintenant des chansons. Non, je plaisante. La musique n’a pas été inventée à un moment précis. En revanche, elle est plutôt similaire à l’évolution de l’être humain puisqu’elle s’installe progressivement au cours de notre Histoire.

Comme tu as pu le constater précédemment, les sons, dès la préhistoire, sont apparemment utiles et sont portés collectivement, ils permettent de communiquer, de s’organiser, de se coordonner, de donner du rythme aux activités et d’exprimer des émotions (même si la conscience que ce sont des émotions n’est probablement pas présente). Les premiers humains ne formulent pas de phrases grammaticalement construites, ils émettent une suite de sons.

Des sons qui vont ensuite se préciser et se transformer grâce à l’évolution physique et mentale de l’espèce humaine. On accède, par exemple, petit à petit à des variations de la voix, à des sons plus expressifs, pour aller vers une intention qu’on pourrait qualifier de « symbolique ». Et c’est là qu’on se retrouve, plusieurs millions d’années plus tard, avec des chansons qui traduisent des sentiments, qui appuient une identité culturelle, qui narrent des histoires.

Bien sûr, je ne détaille pas ici l’histoire chronologique de la musique (et l’invention des notes de musique dues au moine bénédictin italien Guido d’Arezzo), en rapport étroit avec l’évolution des humains, leurs idées, leurs rêves et leurs envies. La musique, universelle, véhicule au fil des années un moyen d’expression fort, que ce soit au Moyen Âge à travers les chants religieux ou postérieurement avec la naissance de la polyphonie (le moment où plusieurs voix s’unissent), ou à la Renaissance où les harmonies prennent davantage d’espace dans l’air, ou encore à l’époque baroque qui voit naître le chant opératique. Sans parler du classicisme, du romantisme et de l’époque moderne qui enrichissent à leur façon la musique.

Tu l’auras compris, la musique et ses particularités voyagent à travers le temps. Tout comme les sons qui la composent, et les voix qui se font entendre, grâce aux instruments qui l’étoffent aussi, elle se module, pour notre plus grand plaisir.

Sources

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