
Si je te parle de cartomancie, cette pratique communément employée pour prédire l’avenir ou comme outil d’introspection, tu auras forcément un avis sur le sujet. Qu’il soit positif ou négatif, t’es-tu déjà demandé quelle était l’origine de la cartomancie ?
Peut-être que tu possèdes un oracle ou un jeu de tarot ? Ou que tu as déjà eu envie de te faire tirer les cartes ? Ou d’acheter ton propre jeu de cartes (sans toutefois passer à l’action) ? Quelque soit ta familiarité avec les cartes, je t’invite à rester avec moi si ta curiosité te pousse à en apprendre un peu plus sur la cartomancie.
Tout commence avec les naïbis ?
La cartomancie est un nom féminin qui date du ⅪⅩᵉ siècle. Il se compose de carto– du latin charta, ae, « feuille de papyrus » et de mancie– du grec ancien manteia « divination ». Comme son nom l’indique, elle serait donc une pratique divinatoire avec des feuilles de papyrus, de papier. Ou de manière plus explicite, l’utilisation de cartes servant à prédire l’avenir.
Les cartes représentent donc l’élément incontournable de la cartomancie. Mais de quelles cartes parle-t-on ? Quelles sont les premières cartes qui ont été inventées ? Le mystère reste difficile à élucider. L’invention des cartes est attribuée tantôt aux Espagnols, tantôt aux Arabes ou aux Indiens. Ou encore aux Allemands. Pour finir par les Français. Jusqu’au moment où on découvre que la plus ancienne mention du jeu de cartes proviendrait d’un manuscrit italien, comme nous l’explique Gérard Van Rijnberk dans son ouvrage Le Tarot- Histoire, Iconographie, Ésotérisme :
«Tiraboschi le cite dans sa Storia della Letteratura italiana. Il s’agit d’un Trattato del governo della familia de Pipozzo del Sandro, dans lequel on lit : « Se guicherà di danari o cosi o allé carte, gli apparuchierai la via. » — « S’il joue pour de l’argent, ainsi ou aux cartes, tu lui prépareras le chemin. » Ce bon conseil daterait de l’an 1299, en sorte que la documentation la plus ancienne qu’on posséderait sur l’usage des cartes en Europe serait donc italienne. Cela ne signifierait pas, du reste, que l’usage même du jeu de cartes aurait commencé en Italie : il peut avoir existé ailleurs sans qu’on en ait trouvé jusqu’à présent une trace dans les archives ».
L’auteur s’accorde à émettre l’hypothèse, après de nombreuses recherches, que les cartes nous seraient parvenues grâce au peuple des Sarrasins. Elles pourraient donc venir de l’Orient et donner lieu aux cartes de tarot, très connues aujourd’hui, en 2026.
Les ancêtres des cartes divinatoires seraient appelées les naïbis.
R. Merlin dans son livre Origine des cartes à jouer – Recherches nouvelles sur les naïbis, les tarots et sur les autres espèces de cartes, nous apprend que les jeux de tarots auraient de nombreuses similitudes avec les gravures réalisées en 1470 et attribuées au peintre italien Mantegna.
Au ⅪⅠⅠᵉ siècle on a connaissance de cartes à jouer appelées naïbis. Ce ne sont pas des cartes de tarot. Certaines vont être jugées dangereuses au ⅩⅤᵉ siècle par des moralistes. Mais il existe aussi d’autres cartes à jouer, qu’un auteur italien, Morelli, recommande aux enfants au ⅩⅠⅤᵉ siècle pour leur divertissement. Ce sont aussi des naïbis, mais il ne s’agit toujours pas de cartes de tarot. Au ⅩⅤᵉ siècle, il existe donc deux types de cartes naïbis. Et elles existent bien avant les gravures de Mantegna et les jeux de tarots.
Entre cartes à jouer et cartes divinatoires : quelle est la distinction ?
Et si on laissait maintenant les ancêtres du tarot pour revenir à l’art de tirer les cartes : la cartomancie. Tu te poses peut-être une question à ce stade de l’article : comment est-on passé de l’invention des cartes à jouer à l’intention d’utiliser des cartes pour se renseigner sur son avenir ?
Comment en est-on arrivé à la pratique de la divination ? Il est d’abord judicieux de comprendre que les cartes de tarot ne sont pas l’unique support de la cartomancie. On peut, par exemple, citer les oracles et même les fameuses cartes à jouer (jeu de 32 ou de 52 cartes). Chaque support est différent.
Le Tarot est malgré tout souvent mentionné comme le « jeu » à forte dimension symbolique. Il deviendra, au fil des années, le support privilégié d’un usage ésotérique des cartes, comme le mentionne Pierre Mollier, directeur de la Bibliothèque du Grand Orient de France et conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, dans son entretien avec Gwenaël Beuchet, spécialiste de l’histoire des cartes à jouer.
Même si, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce sont les cartes à jouer classiques qui sont usitées pour la cartomancie à l’époque des Lumières (ⅩⅤⅡⅠᵉ siècle), et pas les cartes de tarot !
L’histoire qui raconte comment les cartes sont devenues les alliées des prédictions et sont entrées dans une dimension ésotérique est passionnante (et longue à expliquer en détail). Attardons-nous quand même sur un moment crucial : la fin du ⅩⅤⅡⅠᵉ siècle, durant laquelle Jean-Baptiste Alliette, dit Etteilla, et Antoine Court de Gébelin écrivent des textes, qui bien que différents, décrivent l’usage ésotérique des cartes.
Voici ce que Gwenaël Beuchet partage avec nous :
« Etteilla, ou manière de se récréer avec un jeu de cartes (1770) apparaît comme un manuel de cartomancie offrant une explication tout à fait « pratique », quoique très détaillée et complexe, voire confuse, du tirage de cartes à des fins divinatoires. Rappelons que chez Alliette/Etteilla il s’agit encore des cartes « normales ». En 1781, dans le fameux tome VIII du Monde primitif, Court de Gébelin lui s’intéresse aux tarots et fonde en quelque sorte la tradition du Tarot ésotérique telle que nous l’entendons aujourd’hui. Il affirme en effet que les tarots sont d’origine très ancienne.
Héritier d’une « tradition égyptienne », tout comme Cagliostro qui au même moment constitue un « rite de la haute maçonnerie égyptienne », il considère les cartes du tarot comme les pages détachées d’une sorte de traité mystico-philosophique appliqué à la divination, qu’il attribue à Hermès Trismégiste, personnage légendaire de l’antiquité gréco-égyptienne assimilé aux dieux Thot et Hermès. Etteilla fait aussitôt siennes ces idées et publie un tarot égyptien dit « Livre de Thot », accompagné de manuels d’instruction. Si l’image qu’ils se font d’une Égypte considérée comme la source de tout savoir occulte n’a que peu de rapport avec la réalité historique, c’est sur cette base que naît véritablement le tarot ésotérique. »
La cartomancie : une pratique accessible ?
Comment ne pas ensuite mettre en avant la figure de la cartomancienne ? Véritable pionnière de la cartomancie, la cartomancienne est celle qui s’approprie les cartes dès la fin du ⅩⅤⅡⅠᵉ siècle. Les cartes lui permettent de répondre aux interrogations diverses des visiteurs sur des sujets centraux tels que l’amour, la santé et la richesse. La première d’une série de cartomanciennes se prénomme Mlle Lenormand, elle vante ses mérites divinatoires auprès de l’impératrice Joséphine sous le Premier Empire. C’est ainsi que la cartomancie se popularise et qu’elle deviendra progressivement un usage à la portée de tous.
Et les oracles dans tout ça ? Ils s’inscrivent aussi dans ce qu’on pourrait imager dans un jeu vidéo comme une quête. Une quête de sens. Un besoin de savoir et d’obtenir des réponses à nos questions.
L’origine des cartes d’oracle, se rapporte à l’origine latine du mot oracle : orare signifie « parler ».
C’est ce que faisait la Pythie de Delphes selon les Grecs Anciens. Elle est apparentée à une prophétesse et est « celle qui parle à la place de Dieu ». Sa mission est de rendre l’oracle. Ce qui revient à dire qu’elle transmet une réponse de la part du dieu capable de voir et de prédire l’avenir : Apollon. Ses oracles sont ainsi recherchés à travers tout le monde grec, puis romain. Les sujets de questionnement sont multiples : les batailles, les mariages, la diplomatie, etc.
L’oracle se décline aujourd’hui en de nombreuses cartes et une myriade de thèmes. Bien qu’il ne permette pas de définir de façon précise notre avenir. Il devient un moyen de prendre conscience des énergies qui sont présentes dans notre vie. Il nous invite finalement à un travail d’introspection. Il reste un outil moins spécifique et sans doute plus accessible que le tarot divinatoire.
Enfin, peut-être qu’après la lecture de cet article, l’usage de la cartomancie t’interpelle ! Si tu souhaites t’essayer à cette expérience, ou simplement aller plus loin qu’une séance de tirage de cartes avec ton oracle à la maison, sache que c’est un des outils que tu peux explorer lors d’une séance de guidance intuitive avec une personne habilitée. Même si cette pratique ne se substitue pas à un rendez-vous médical, évidemment, elle te sera possiblement utile 🙂
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