La poupée Barbie : un phénomène controversé ?

Si je te dis « blonde » , « longiligne » et « rose », tu vas probablement penser à la poupée Barbie. Véritable phénomène commercial qui se popularise année après année, ce jouet est souvent associé à l’entreprise Mattel, spécialisée dans les jouets et jeux aux États-Unis.     

Idôle des petites filles, aubaine ou cauchemar pour les féministes, ce qui est sûr c’est que la poupée Barbie fait encore surgir de nombreux débats en 2026 ! Mais d’où vient cet objet ? Pourquoi suscite-t-il autant d’agitation ? Reste avec moi si tu veux le savoir.

La poupée Barbie ou Lilli ?

L’histoire de Barbie n’est pas aussi pittoresque que l’on pourrait l’imaginer. La création de cette poupée commence avec un dessin, une caricature, qui se nomme Lilli, réalisée par Reinhard Beuthien, un dessinateur de presse du journal Bild Zeitung, le 24 juin 1952 à Hambourg en Allemagne. 

Lilli, ou l’ancêtre de la poupée Barbie, est une esquisse qui se transforme en poupée. Une démarche chaloupée, une chevelure blonde platine, des yeux bleus et une jupe courte : Lilli est conçue comme la figure de la femme moderne. La femme qui, après des années de guerre, veut goûter aux plaisirs de la vie. On pourrait croire, à tort, qu’elle n’est que le reflet d’une idéologie allemande. Mais elle est plus que cela ! En effet, Annette Wilken-Beuthien, fille de l’inventeur de Lilli, précise que son père a été influencé par les silhouettes teenager des bandes dessinées américaines, encore peu connues en Allemagne, pour la conception de son dessin. Beuthien lui-même confie que ses inspirations viennent de ses observations et de ses rencontres dans des lieux publics et des quartiers qu’il visitait régulièrement. 

Il est donc certainement envisageable, comme l’écrit Marie-Françoise Hanquez-Maincent, docteure en études anglophones et en théologie « qu’il fut influencé par le look des jeunes Américaines telles que l’incarnaient les secrétaires des troupes d’occupation américaines en Allemagne. »

Lilli représente finalement une femme espiègle et effrontée. Une vision féminine nouvelle se profile. Destinée à l’origine à être un cadeau de bienvenue de la maison d’édition du Bild, elle devient la poupée à avoir. Une poupée moulée dans un plastique de couleur chair, mesurant 29 cm avec des yeux en amande et une bouche en coeur. Présente à la foire internationale du jouet de Nuremberg, elle finit par être exportée dans le monde entier. 

Exposée dans la vitrine d’un magasin de jouets à Lucerne en Suisse, en 1956, elle attire l’œil d’une dénommée Ruth Handler, l’épouse d’Elliot Handler, cofondateur de Mattel, alors qu’ils sont en vacances. 

C’est à la lueur du rêve de Ruth de proposer une poupée plus réaliste plutôt qu’une figurine asexuée destinée aux petites filles modèles, que Lilli devient Barbie. 

Malgré une polémique concernant les droits et brevets achetés tardivement par Mattel à la firme allemande (la situation se régularise en 1964), la poupée Barbie (née du surnom de Barbara, la fille de Ruth) voit officiellement le jour en 1959

Barbie : une poupée comme modèle féministe ?

Barbie offre la possibilité d’accroître l’imaginaire des petites filles. Mieux encore, elle reflète la pluralité des professions qui s’offrent à elles. Barbie chirurgienne, Barbie enseignante, Barbie vétérinaire, Barbie astronaute. Tout est atteignable quand on est une femme. Présentées avec de nombreux accessoires utiles à leurs professions ou à leur plaisir personnel, les poupées Barbie entrent dans l’air du temps. Ou plutôt, bousculent les codes. En effet, ce n’est plus seulement une poupée Barbie longiligne, blonde aux yeux bleus qu’on retrouve dans les rayons en 2026, mais bien un jouet qui incarne la diversification

On peut aisément comprendre pourquoi les féministes ont accusé cette Barbie des débuts de prôner le stéréotype d’une femme surréaliste, avec un corps aux proportions irréels. Barbie aurait, pour elles, illustré une femme qui encourage à la discrimination. Qui incite les plus jeunes et les moins jeunes à s’identifier et à vouloir atteindre un physique parfait, qui ne peut exister. 

Cependant, on observe également que la production du corps blanc et mince de cette poupée n’est plus l’unique ligne directrice de la maison Mattel. Bien au contraire ! Le phénomène de la poupée Barbie est culturel. Sa création s’adapte aux prises de conscience des réalités de la société. 

Aujourd’hui, au regard de plus d’une centaine de couleurs de peaux différentes, de nombreuses textures de cheveux, de la création d’une Barbie handicapée en 2019 et d’une Barbie malade en 2020, oserions-nous dire que Barbie est une poupée inclusive ? Une poupée qui donne même à voir l’image d’une femme émancipée, qui décide de qui elle veut être et de comment elle veut mener sa vie. 

Des myriades d’histoires sont véhiculées grâce aux poupées Barbie. Des histoires de femmes aventurières, fortes et audacieuses qui prennent vie entre les mains des petites filles de ce monde, comme le montre Manuela Frésil dans son court-métrage Pour de vrai

« J’ai découvert que l’image que l’on m’a renvoyée, enfant, de Barbie femme-objet n’était pas vraie. Le corps sexué de femme de Barbie, les enfants l’utilisent pour se projeter et malgré des stéréotypes de genre, s’inventer des histoires de femmes puissantes. »

Enfin, que tu sois en faveur de Barbie ou non, rappelle-toi toutefois d’une vérité universelle essentielle que l’historienne Anne Monier mentionne à propos des divers débats à son sujet :

« On a envers Barbie des attentes qu’on n’a pas envers les autres jouets parce qu’elle est devenue une personne de notre entourage. On parle de son corps comme si c’était un mannequin ou une actrice, alors que c’est un bout de plastique. C’est un jouet ! » 

Sources

2 réponses à « La poupée Barbie : un phénomène controversé ? »

  1. Super premier article ! Sur un sujet qui mérite d’être exposé 🙏🏽. Bonne continuation ! 🦋✨🌈

    1. Merci Manon, les retours sont précieux et le premier a une saveur particulière ☀

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